Mort de Rachid Taha

12 septembre 2018 Par
Antoine Couder
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Sublime espoir d’une société confiante et métissée de la fin du XXème siècle, le musicien algérien qui résidait en France depuis son enfance est mort d’une crise cardiaque mardi 11 septembre. Il avait 59 ans.

Déflagration. S’il y a un nom qui incarne dans sa trajectoire, son corps même, la déroute des idéaux de la gauche des années Mitterrand et, à sa suite, celle de Lionel Jospin, c’est bien Rachid Taha qui avec le groupe Carte de séjour s’est d’abord illustré par une reprise de « Douce France » de Charles Trenet en 1986. Un cri, une évidence, une déflagration dans l’univers bien rangé du discours de la décolonisation et qui allait ouvrir une brèche vers le métissage, la world-music… Un nouveau monde.

Voilà voilà. Né en 1958 près d’Oran, il a grandi en France notamment à Sainte-Marie aux Mines en Alsace, il s’est ensuite installé à Lyon où il formera son premier groupe avec les frères Amini et où, hasard de la vie, il croisera le jeune Benjamin Biolay dans une colonie pour enfants où probablement il officiait en tant qu’animateur socioculturel (même s’il gagnait sa vie en tant que maçon). Figure emblématique du mouvement beur, il s’engage dans une carrière solo à partir de 1989 et s’emploiera à inventer un bout de la world music naissante. Il enregistre avec Don Was puis Steve Hillage et produit son fameux tube « Voilà voilà » une chanson formatée pour le dance-floor (1993) qui s’inquiète de la montée de l’extrême droite et deviendra, en effet, un véritable gimmick de la culture antiraciste en France. Un texte simple, efficace et  toujours d’actualité.

Couscous Clan. Propulsé à l’international pour sa connaissance approfondie du Chaabi (sa reprise de Ya Rayah lui vaut une forte notoriété), il s’éloigne progressivement des sunlights pour devenir cette star imprévisible et explosive surtout connue pour ses problèmes d’addiction. Reconnaissable entre mille dans les rues de Paris, avec son chapeau quasi haut-de-forme, son tee-shirt Motörhead , il s’est notamment illustré ces dernières années avec Rodolphe Burger, lui-même originaire de Sainte-Marie aux Mines et le Couscous Clan, formation éphémère très efficace pour ses concerts surprises dans les bars, et qui mélangeait le meilleur du rock engagé et de ce chaabi. De son parcours chaotique, très rock’n roll (un Ian Dury à la française ?), Rachid Taha restera celui qui porte en lui toute la beauté et les contradictions de la tumultueuse histoire commune de la France et de l’Algérie. Son art musical, son intransigeance, sa quasi-science de l’antiracisme n’ont pas forcément trouvé de continuateurs et laissent orphelin toute une génération d’utopistes joyeusement décalés.

Visuel : Pochette Diwan 2 – Rachid Taha- Universal – 24/10/2006