Cannes face à Netflix et la question de l’avenir du cinéma

6 juin 2017 Par
La Rédaction
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Si le monde du cinéma, producteurs et distributeurs en tête, ont toujours déclaré la guerre aux plateformes de téléchargement illégale, les plateformes de visionnage en ligne payantes, les fameuses VOD, ont, elles, été tolérées. En effet, le spectateur paye pour voir un film, une partie de cet argent est reversée aux personnes possédant les droits du film. Jusque-là, rien de plus normal. On pensait donc l’entente cordiale, pourtant le ton a changé lors du dernier festival de Cannes. Deux films en compétition, dont la plateforme payante Netflix détient les droits, ont fait grincé des dents le monde « classique » du cinéma et notamment le président du jury de la 70e édition, Pedro Almodovar. Retour sur ce qu’il s’est passé.

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Le coup de gueule du monde du cinéma

Tout a commencé le 13 avril dernier lors de l’annonce des films retenus pour le festival. Deux films attirent l’attention Okja de Bong Joon-ho et The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach. Les droits de ces deux longs métrages sont détenus par Netflix et par conséquent ne sont pas destinés à sortir en salle, ce qui est une première pour le festival. La Fédération Nationale des Cinémas Français (FNCF) se fend alors d’un communiqué anti-Netflix, dont le fonctionnement irait à l’encontre de la survie du cinéma français. Le comité organisateur du festival fait alors le forcing auprès de la plateforme VOD américaine pour que ces deux films sortent en salle, mais cette dernière ne plie pas. Pedro Almodovar lâche alors cette phrase énigmatique qui va prendre tout son sens : « Il faut avoir le sentiment d’être humble et petit par rapport au grand écran ». Le 10 mai, le règlement du festival de Cannes est modifié et à partir de 2018, un film ne pourra pas être retenu dans la sélection si aucune date de sortie n’est prévue. En clair, les films Netflix ne seront plus les bienvenus.

Deux visions qui s’affrontent

La polémique peut paraitre disproportionnée, d’autant plus que la grande majorité des films diffusés à Cannes ne font que très peu d’entrées. Si les professionnels du cinéma et en particulier du cinéma français se sont servis de Cannes pour se faire entendre, c’est car Netflix ne participent pas au financement de la création française, sorte de taxe qui est reversée au CNC, ce qu’expliquait sur France Inter, Élodie Namer, réalisatrice et scénariste, membre de la Guilde des scénaristes. Netflix se défend en expliquant payer pour pouvoir disposer de nombreux films français dans son catalogue. Mais comme le rappelle 1&1 dans cet article, Netflix n’est pas le seul acteur sur ce marché et la VOD gagne du terrain. Les fameux « millenials », la génération née dans les années 2000, ne consomment plus le cinéma de la même façon. Ils se rendent dans les salles pour voir des blockbusters. La VOD est quant à elle souvent utilisée pour faire des découvertes, d’autant plus qu’un abonnement au mois revient… au prix d’un ticket de cinéma. Les dirigeants de Netflix expliquent donc ainsi attirer ces jeunes vers un cinéma plus intellectuel avec un format de diffusion qui répond plus à leurs attentes. Une partie de la profession accuse elle, les plateformes VOD de vider les salles de cinéma et de tuer le cinéma indépendant, deux visions au milieu desquelles doit se cacher la vérité.

Cannes a donc été l’occasion de mettre au grand jour des tensions sous-jacentes entre les plateformes VOD et le monde du cinéma. C’est au fond deux visions qui s’affrontent et surtout le futur du cinéma comme on le connait qui se joue. Reste à savoir qui des plateformes type Netflix ou des diffuseurs classiques parviendront à imposer leur modèle.

Visuel: © affiche du 70 e festival de Cannes


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