Ashgar Farhadi ne se rendra pas à la cérémonie des Oscars suite au décret Trump

30 janvier 2017 Par
Camille Thermes
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Les artistes continuent de dénoncer la politique du nouveau président des États-Unis. A la veille de la cérémonie des Oscars, c’est surtout le monde du cinéma que l’on entend s’exprimer sur le dernier décret de Donald Trump, prononcé le 27 janvier dernier.

Depuis vendredi, la décision du nouveau président des États-Unis est dénoncée partout dans le monde. Par un décret, Donald Trump a décidé de suspendre pendant 3 mois la création de visas pour les citoyens d’un certain nombre de pays à majorité musulmane afin de lutter contre les “terroristes islamistes radicaux”. La liste n’est pas précisée dans le décret et peut encore s’élargir, mais elle contient jusqu’ici 7 pays considérés comme potentiellement dangereux par le Président : l’Iran, l’Irak, la Somalie, le Soudan, la Libye, la Syrie et le Yémen. Pendant 90 jours, L’État ne délivrera plus de visas pour les personnes en provenance de ces pays. Plus encore que l’inutilité de cette mesure dans la lutte contre le terrorisme (Le Huffington Post Américain certifie qu’ aucun ressortissant de ces pays n’est impliqué dans un attentat sur le sol américain depuis 1975, et Le Figaro affirme que seulement 0.7 % des voyageurs se rendant aux États-Unis viennent des pays désignés), c’est son caractère antimusulman qui est dénoncé. A un peu moins d’un mois de la 89ème cérémonie des Oscars, tous les rassemblements ayant lieu dans le monde du cinéma semblent se transformer en lieu de protestations contre les mesures du Présidents des États-Unis. A ce mouvement s’ajoute celui du hashtag #banmuslim sur Twitter.

Pour commencer, le réalisateur iranien Ashgar Farhadi a annoncé qu’il ne se rendrait pas à la cérémonie des Oscars qui propose sa dernière création, Le client, dans la catégorie “meilleur film farhadi-wikiétranger”. Alors que le cinéaste comptait jusque-là participer à l’événement, soutenant le fait que le milieu hollywoodien n’était pas représentatif de la politique du nouveau président des États-Unis, il est revenu sur sa décision suite au décret de ce vendredi. A en croire le chef de cabinet de la Maison Blanche, Reins Priebus, qui s’est exprimé ce dimanche sur la chaîne NBC, seuls les ressortissants des 7 pays désignés possédant une “carte verte” pourraient bénéficier d’un traitement particulier (en plus des personnes travaillant pour l’OTAN et l’ONU mentionnés par le décret). Ce dernier serait à définir au cas par cas.  Légalement, le cinéaste n’avait donc pas le droit de se rendre sur le sol américain, mais “on faisait une exception pour mon voyage”, déclare-t-il à l’ISNA. Son absence à la cérémonie sera donc le fruit d’une décision personnelle, par laquelle le réalisateur suit ainsi l’actrice Taraneh Alidousti, 33 ans, à l’affiche du Client. Cette dernière avait déclaré sur Twitter avant la signature du décret, qu’elle qualifie de “raciste”, qu’elle boycotterait la cérémonie hollywoodienne. De son côté, l’Académie des Oscar s’est officiellement déclarée « extrêmement troublée qu’on puisse barrer l’entrée du pays à cause de la religion ou du pays d’origine ».

Par ailleurs, les différents événements précédant la célèbre cérémonie deviennent tous l’occasion pour personnalités du petit et du grand écran de se prononcer contre le décret. Le festival de Sundance, la soirée de Producer Guild Awards ou encore la soirée de remise des prix des Screen Actors Guild Awards font entendre les voix des artistes américains depuis ce week-end. Alors que Michael Moore s’est excusé au nom des “dizaines de millions twd’américains”, l’acteur, auteur et chanteur John Legend qui a produit La La Land tient les propos suivants : « Los Angeles est le foyer de tellement d’immigrants, de tellement de personnes créatives, de tellement de rêveurs. Notre Amérique est grande, elle est libre et elle est ouverte aux rêveurs de toutes les races, de tous les pays, de toutes les religions. Notre vision de l’Amérique est directement antithétique de celle du président Trump. Je veux spécifiquement rejeter ce soir sa vision et affirmer que l’Amérique doit être meilleure que ça. » Ashton Kutcher, Julia Louis-Dreyfus (sacrée meilleure actrice d’une série comique pour Veep), les actrices de la série Orange Is The New Black et beaucoup d’autres personnalités font ainsi de cette période centrée autour des arts de l’écran un moment de protestation publique contre la politique de Donald Trump.

Si l’on sait que le gouvernement faisait une exception pour le cinéaste Ashgar Farhadi, il reste que toutes les mesures seront prises au cas par cas. A priori, donc, les exceptions seront faites individuellement, et rien ne garantit l’accueil d’artistes qui seraient  par exemple menacés dans leurs pays d’origine. Seuls seront exemptés ceux dont la nationalité est couplée avec une nationalité britannique ou canadienne, suite aux discussions menées par les deux pays avec le gouvernement américain.

visuels : Ashgar Farhadi © wikipedia, capture d’écran twitter