Dans l’oeil du cyclone : documenter Mai 68

27 avril 2018 Par
Yaël Hirsch
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Le cinquantenaire de Mai 68 permet de redécouvrir plusieurs documentaires – inédits pour certains – qui tentent au plus près de l’événement d’en saisir l’ampleur. Comment l’image saisit-elle une révolution en marche? Aussi bien à la Bibliothèque Publique d’information que dans nos cinémas, Mai 68 est un sujet de documentaire inépuisable. Petite sélection anniversaire.

L’inédit qui condamne les violences policières : Mai 68 la belle ouvrage, de Jean-Luc Magneron
Débutant par un discours du Général de Gaulle se vantant d’avoir maintenu l’ordre aux abords de la Sorbonne, Mai 68 la belle ouvrage dénonce les violences policières qu’ont suscitées les manifestations étudiantes. Salué à la Quinzaine des réalisateurs en 1969, le film n’est en fait jamais sorti et profite du cinquantenaire pour donner deux heures de témoignages précis à entendre sur les matraquages, les gaz, les emprisonnements et les violences de la répression policière face aux manifestations étudiantes. Des images d’époque et une galerie de portraits en gros plans avec les témoignages de Dominique Ange (auteur, compositeur, interprète), Julien Besançon (journaliste), Patrick Peynaud (journaliste), Jérôme Pietrazic, (journaliste au Nouvel Observateur), Bernard Pons (externe à l’hôpital Brousset), d’étudiants des Beaux-Arts, des Arts Appliqués et de l’École Boule, d’habitants de la rue Gay-Lussac, d’un membre d’un service d’ordre étudiant et d’un interne d’un hôpital psychiatrique. Un film qui ne peut pas ne pas résonner avec le climat actuel quand un témoin note depuis ses fenêtres e la rue Gay Lussac: « C’étaient des étudiants. On a parlé de pègre mais c’est difficile à trouver ».

Mai 68 la belle ouvrage de Jean-Luc Magneron, 117 minutes, France, 1968 – Inédit au cinéma, sortie le 25 avril 2018.

Mai 68, Pano ne passera pas, de Danielle JAEGGI et Ody ROOS : discuter Mai 68 du 2 au 29 mai au Saint André des Arts
Tout commence dans la salle de rédaction des actualités télévisées au temps de l’ORTF: va-t-on ou pas parler de mouvements de protestation étudiante en Province? Dans Pano ne passera pas, l’on suit l’engagement de Philippe, technicien monteur à cette actualité télévisée. Tandis qu’à travers lui l’on suit l’aventure de « Pano » c’est-à-dire Panorama, le magazine hebdomadaire de la 2ème chaîne qui tente de couvrir les événements envers et contre le ministre gaullien de l’information, dans ses errances et recherches, l’on rencontre avec lui le cinéaste Luc Moullet, et les acteurs Laszlo Szabo et Jean-Claude Guilbert. Tourbillonnant, visuellement beau (l’image est signée Nurith Aviv) ce film pris sur le vif (tourné en 1068) entre documentaire et fiction prend le parti de parler d’information pour nous en apprendre beaucoup. Il sera projeté du 2 au 14 mai à 13h au Saint André des Arts, puis les 22 et 29 mai, avec des invités pour en parler comme le plasticien Jean-Jacques Lebel ou la sociologue Nadja Ringart.
Mai 68, Pano ne passera pas, de Danielle JAEGGI et Ody ROOS, du 2 au 29 mai, France, 1968, 67 minutes, Le saint-André des arts, 30 rue st-andré des arts, 75006 paris

Mai 68 à l’oeuvre à la Cinémathèque du documentaire.
Dans le cadre de son cycle 1967-68-78, le cinéma au Travail, la Cinémathèque du Documentaire de la BPI ouvre une perspective populaire et ouvrière sur Mai 68. Ce n’est qu’un début de Michel Andrieu résume les événements et fait le liens entre étudiants et ouvriers (à voir le mai avec Le Droit à la parole, qui revient à chaud sur l’accès à la sphère publique des étudiants). La grève des ouvriers de Margoline avance dans les années 1970 en documentant la première grèves ou immigrés et sans-papiers ont fait entendre leur voix à Nanterre (A voir le 4 mai 2018). Le premier mai à Saint-Nazaire documente l’avant, avec la solidarité ouvrière du premier mai 1967, sur fond d’affiche rouge avec la voix de Ferré. Faisant le lien avec aujourd’hui, les ciné-tract des Scotcheuses retrouvent l’accent lancinant de l’époque pour mettre en avant des éleveurs du Tarn protestant contre la réglementation de leur troupeau, ou pour dénoncer avec Le bal des absentes la non-gestion des déchets nucléaires. Des films à voire en présence de l’équipe le 5 mai.

Après Mai : Romain Goupil au coeur du week-end d’ouverture du Festival « Imagine l’esprit de Mai », au centre Pompidou.
Ce week-end des 28 et 29 avril, le Centre Pompidou et France Culture ouvrent un cycle autour de « l’esprit de Mai ». Aux côtés d’une rencontre avec le fils de Léo Ferré, d’un marathon radiophonique, et de Masterclasses de Dominique Perrault et Daniel Buren sera projeté un film de 1982 qui capte ce fameux idéal des barricades : Mourir à 30 ans de Romain Goupil qui revient sur l’année 1965, la colère contre le Viet-Nam et l’engagement communistes de lycéens.

Romain Goupil, Mourir à 30 ans, France, 1982, 95 minutes, Projection au Centre Pompidou à 19h30 le dimanche 29 avril 2019.

visuel : affiche du Festival imagine l’Esprit de Mai