Les journalistes turcs de Cumhuriyet jugés depuis hier pour soutien au terrorisme

25 juillet 2017 Par
Gaspard de Florival
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Accusés d’avoir aidé une ou plusieurs « organisations terroristes », plusieurs journalistes du journal d’opposition sont jugés depuis hier. Tous risquent jusqu’à 43 ans de prison. En signe de solidarité, le journal Libération leur a ouvert ses portes. 

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Depuis le putsch manqué du 15 juillet 2016, le président Erdogan (avec son parti, l’AKP) mène une répression farouche contre tous les organes d’opposition. Purges massives, arrestations, mises au pas des médias, justice expéditive, sont les principales conséquences de cette réalité. La questio de la liberté de la presse se pose avec acuité à Istanbul où se tient depuis hier le procès de plusieurs journalistes de l’emblématique quotidien turc Cumhuriyet.

Ce ne sont pas moins de 17 journalistes, rédacteurs ou dirigeants passés par Cumhuriyet (« République » en français) qui sont jugés depuis hier. Et ils risquent jusqu’a 43 ans de détention. Le journal, véritable organe d’opposition est combattu par le président Erdogan qui ne supporte pas les invectives et les révélations embarrassantes du titre indépendant à son encontre.

Les personnes travaillant à Cumhuriyet sont accusées d’avoir aidé une ou plusieurs « organisations terroristes », si bien qu’officiellement la liberté de la presse n’est pas en cause. Les organismes dont il est question sont notamment des séparatistes kurdes du PKK, en guerre depuis de nombreuses années avec la Turquie ainsi qu’un groupuscule d’extrême gauche appelé DHKP-C et le mouvement du prédicateur exilé aux États-Unis Fethullah Gülen, accusé par Erdogan d’avoir fomenté la tentative de putsch du 15 juillet 2016. Sous ce prétexte, pour de nombreux journalistes et opposants, il semble que Cumhiriyet représente la dernière voix dissidente pour Erdogan, une voix qu’il veut réduire au silence.

A l’heure actuelle, 167 journalistes sont détenus dans les geôles du gouvernement, pour la plupart arrêtés dans le contexte de l’état d’urgence mis en place après le putsch manqué. Selon Reporters Sans Frontières, la Turquie se range à la 155e place sur 180 au classement des pays respectant la liberté de la presse. La communauté internationale s’inquiète de ces dérives mais semble impuissante car elle partage des intérêts communs avec la Turquie notamment l’accord sur les migrants conclu en mars 2016. Néanmoins, l’ONU a exhorté Ankara de libérer « immédiatement » les journalistes de Cumhuriyet. Comme le rapporte le journal Le Monde, 15 personnes ont été interpellées dans tout le pays pour avoir porté un tee-shirt avec le mot hero inscrit en grosses lettres, les autorités voyant dans cette mode vestimentaire une forme de soutien déguisé aux auteurs du putsch manqué.

Ce soutien dépasse les frontières de la Turquie. En France, le journal Libération, qui a ouvert sa rédaction  à des journalistes de Cumhuriyet a publié lundi 24 juillet une édition spéciale titré : « La presse selon Erdogan ». De même, une campagne de soutien a été lancée par Reporters Sans Frontières. Y témoigne Olivier Bertrand, journaliste à Les Jours, arrêté puis expulsé par les autorités turques.