Les centres dramatiques nationaux interpellent E. Macron

27 juillet 2017 Par
Gaspard de Florival
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A la suite d’une rencontre tendue le 14 juillet avec des responsables du ministère de la Culture à Avignon, 200 personnes travaillant dans théâtre public ont demandé au président de la République un « nouveau pacte culturel ». Explications. 

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Le 14 juillet, après une rencontre agitée avec Régine Hatchondo, cheffe de la Direction générale de la création artistique, à Avignon, les CDN (centres dramatiques nationaux) autrement dit les théâtres publics ont pris la décision d’écrire une lettre à Emmanuel Macron.

Comme le rapporte Libération, lors de la rencontre du 14 juillet, alors que la discussion portait sur le rapport Bonnell, qui entend prélever un euro sur chaque billet de spectacle public pour le reverser au fonds de soutien du privé, Régine Hatchondo a dit au corps du théâtre public « Quand vous me parlez d’argent, vous ne me faites pas rêver… », « Votre modèle économique est à bout de souffle ». Ses interlocuteurs, les artistes-directeurs ont jugé que ses propos étaient une « provocation ». Françoise Nyssen, l’actuelle ministre de la culture, a calmé le jeu estimant que cette sortie n’était « pas dans l’esprit » de ce qu’elle « souhaite mettre en place ».

Quoi qu’il en soit, cela a mis en rogne les membres du théâtre public qui ont décidé d’écrire à Emmanuel Macron afin d’établir avec lui un « nouveau pacte culturel ». Dans ce communiqué, signé par plus de 200 acteurs, chorégraphes, metteurs en scène, est écrit « Alors que les CDN n’ont plus vu leurs budgets réévalués depuis des années, ce 14 juillet, lors d’une réunion avec les représentants du ministère, les artistes présents ont pu s’entendre dire qu’ils n’obtiendraient jamais les crédits nécessaires à la relance de leur activité de service public. Tout simplement parce que leur modèle économique ne serait plus viable et que leurs structures sont à bout de souffle ».

Comme expliqué ci-dessus, c’est véritablement le rapport Bonnell qui entend financer en partie le théâtre privé par le public, «notamment en ponctionnant la billetterie des théâtres publics» que craint le théâtre public. En somme, ces acteurs culturels appellent à un action davantage concertée et moins fractionnée, comme c’est le cas aujourd’hui, entre trois tranches distinctes que sont «le champ des politiques en faveur des arts, le champ des politiques de la jeunesse, et le champ des territoires.»

«Aujourd’hui la culture doit réparer, compenser les maux sociaux, ou flatter les goûts et les identités. À un projet conquérant de construction individuelle et collective s’est substitué un projet défensif de réparation des dégâts. Aujourd’hui, Monsieur le président, il faut sauter» écrivent-ils avant de poursuivre «Nous vous proposons d’affirmer un pacte pour une nouvelle politique culturelle à l’échelle du pays. Aucune agence semi-privée pour les arts ne pourra remplir ce prodigieux don démocratique: libérer une créativité prise dans le sentiment d’une utilité citoyenne.»

Nous sommes néanmoins en droit de nous interroger sur la crédibilité de la réaction de ces acteurs culturels étant donné que le privé est déjà présent dans le public depuis de nombreuses années. On sait, par exemple, que l’entreprise Total est l’un des mécènes du Festival d’Avignon. Olivier Py, le directeur de ce même festival, en conférence de presse de clôture de la 71e édition, a salué la place de ces mêmes bienfaiteurs. De même, la carte Off du Festval (privée) permet aussi des réductions aux chorégies d’Orange (public).

Visuel: © Pixabay