« Le radeau de Lampéduse » le BAAM et le street art pour faire parler des migrants

17 janvier 2017 Par
Camille Thermes
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À l’occasion des vœux du BAAM (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants) le mercredi 11 janvier, le plasticien Pierre Delavie connu pour ses trompe-l’œils a présenté sa nouvelle création dénonçant l’urgence de la situation des migrants.

En face de l’Hôtel de Ville parisien, on pouvait voir ce mercredi 11 janvier un bateau de migrants faire naufrage dans la Seine. La photographie, prise par la marine italienne en mai 2016 au large de Lampedusa, avait été exposée par Pierre Delavie de façon à donner l’impression que le naufrage avait lieu sur les bords du fleuve parisien. N’ayant pas obtenu de droit d’affichage, la bâche a rapidement été retirée, après avoir été applaudie.

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Cette œuvre s’insère dans la campagne de sensibilisation menée par le BAAM en association avec le plasticien Pierre Delavie, déjà connu pour ses installations. En 1990, il avait notamment sculpté une œuvre monumentale à même la glace d’un iceberg, en signe de protestation contre les menaces qui pèsent autour de la biodiversité. Deux cents ans après le naufrage meurtrier alors retentissant illustré par Théodore Géricault dans Le radeau de la méduse, Le radeau de Lampedusa dénonce l’indifférence que suscite la situation des migrants au large de la méditerranée : « C’est un travail sur les différences. Tout cela se passe tout près d’ici, mais on considère que c’est loin, que cela ne nous regarde pas », explique Pierre Delavie à Mashable FR. Depuis qu’il l’avait découpée, l’artiste gardait cette photo avec lui et nourrissait l’envie de l’utiliser pour une œuvre. Aussi, lorsqu’il rencontre la directrice du BAAM Héloise Mary à la projection d’un film sur les migrants, ils s’associent. Pierre Delavie explique à Mashable FR: « Ce n’est pas à moi de parler des migrants, je suis un artiste (…) Mais cette campagne permet de donner la parole au BAAM sur le sujet, les personnes les mieux placées pour en parler. »

À la double-référence à l’île italienne et au tableau de Géricault s’ajoute une actualisation nécessaire pour l’artiste: ce dernier a complété l’image avec des photographies d’individus croisés dans les rues de la capitale, “comme s’ils étaient des réfugiés en détresse eux aussi » décrit-il (toujours pour Mashable FR). « Pour rappeler à tout le monde que eux, c’est aussi nous”. Soucieux d’agir dans l’indépendance, l’artiste a financé lui-même son projet, dont les frais se sont élevés à 5000 euros. Pierre Delavie n’est pas le seul artiste à aborder la question des dangers de l’immigration clandestine par la mer Méditerranée, dans laquelle plus de 5000 réfugiés ont perdu la vie en 2016. L’œuvre rappelle notamment celle de Jason deCaire Taylor, dont le musée aquatique a ouvert ses portes l’année dernière. Dans les fonds marins de Lanzarote, l’artiste expose entre autres une sculpture éponyme dénonçant elle aussi l’indifférence de nos sociétés face à la réalité des migrants.

Visuel:  © Pierre Delavie