Des artistes prêtent leur voix en soutien à Théo

14 février 2017 Par
Guillaume Andre
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Vendredi 10 février, s’est tenue la 32e édition des Victoires de la musique. L’occasion pour des chanteurs de s’exprimer après les conclusions de l’inspection générale de la police nationale (IGPN) qui considère que le viol de Théo Luhaka, le 2 février, était accidentel. Une décision qui incite des artistes à prêter leur voix pour éveiller les consciences.

Le 2 février, Théo Luhaka est violemment arrêté par des membres des forces de police. Alors en patrouille dans la Cité des 3 000, à Aulnay-sous-Bois, quatre policiers passent violemment à tabac ce jeune de 22 ans. Un viol aggravé à coup de matraque télescopique introduite dans son anus est également commis. Son médecin lui prescrit 60 jours d’interruption totale de travail. L’inspection générale de la police nationale (IGPN), elle, prend tout le monde à contre-pied en indiquant, dans son enquête, que ledit viol était accidentel. L’art de mettre de l’huile sur le feu dans une période de tensions dans les banlieues françaises.

Tel un retour en 2005 et les événements faisant suite au décès de Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés dans un transformateur de Clichy-sous-Bois, la rue s’embrase avec de nombreuses manifestations qui donnent lieu à des incidents. Justice est exigée. Des voix s’élèvent parmi les artistes pour donner du poids à cette volonté de lever le voile sur cette affaire Théo.

Déjà vendredi 10 février, Imany, nominée aux Victoires de la musique dans la catégorie artiste féminine a profité de sa présence sur la scène du Zénith de Paris pour endosser le rôle de porte-voix face à cette injustice.  « On se doit d’être les voix de celles et ceux qui n’en ont pas. On se doit de ne pas prendre la démocratie pour acquise, on se doit de demander des comptes à nos politiques et à la police. On se doit de demander la justice pour Théo, pour Adama, pour tous les autres dont on ne parlera pas, pour moi, pour vous », a-t-elle déclaré, faisant également référence à Adama Traoré, décédé à la suite de son interpellation par des gendarmes, en juillet 2016.

Ces affaires, Internet les a liées avec cette phrase : « Théo et Adama nous rappellent pourquoi Zyed et Bouna courraient », maintes fois partagée et souvent accompagnée du hashtag #justicepourthéo, en particulier par des artistes rap, ceux qui chantent la rue.

Nombre d’artistes ont ainsi appliqué à merveille le principe du « Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ? », phrase mythique prononcée par Calbo, membre du groupe ärsenik, dans Boxe avec les mots. Dernièrement, c’est Rohff qui s’est fendu d’un message sur sa page Facebook pour exhorter les jeunes de banlieue à manifester en paix. Des mots qui font échos à ceux tenus par Théo lui-même depuis son lit d’hôpital.

Mais si on devait mettre en exergue un rappeur, ce serait bien Sofiane. Revenu sur le devant de la scène avec sa série de clips certifiés #JeSuisPasséChezSo tournés dans différentes cités de France, l’artiste s’est joint à un cortège lors d’une manifestation à Bobigny, dans son fief, la Seine-Saint-Denis. Muni d’un mégaphone, il a tenu à calmer le jeu entre les manifestants et les forces de l’ordre encadrant le rassemblement.

Des prises de position qui rappellent que la parole des artistes, adulés par des milliers de personnes, est souvent plus efficace pour faire passer des messages. On l’a notamment vu lors de la récente élection de Donald Trump à la tête des États-Unis. Les discours de Meryl Streep, lors des Golden Globes, de Scarlett Johansson, lors de la Marche des femmes, en sont le parfait exemple.

Visuel : © Capture d’écran