L’Assemblée Générale de l’Université Paris Ouest Nanterre vote le blocage à la majorité

17 avril 2018 Par
Lili Nyssen
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L’assemblée générale des étudiants, qui s’est tenue ce matin dans le bâtiment G de l’Université Paris Ouest Nanterre, a voté à la majorité la reconduction du blocage des bâtiments, qui se tient depuis une semaine.

Ce 19 avril, le blocage est prolongé jusqu’au 2 mai.

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Les étudiants et le personnel de l’Université Paris Ouest s’étaient réunis très nombreux ce matin dans le bâtiment G. Ils étaient près de 1800 à débattre de la pertinence du blocage, alors que la période de partiels, commencée hier, se trouve empêchée de fait par les blocages. À l’ordre du jour, malgré que l’Assemblée générale voulait se concentrer sur les questions de convergence des luttes et sur la possibilité d’une grève reconductible, c’est la question du blocage qui a été débattue. Deux points de vue se sont opposés : d’un côté, des étudiants (principalement de Droit et Science Politique) ont tenté de défendre la position antiblocage, convoquant le droit aux études et pointant du doigt la restriction de liberté provoquée par le blocage, les empêchant de pénétrer dans les bâtiments pour passer leurs examens. Leurs représentants se revendiquaient “apolitiques”, et disaient “ne pas être intéressés par le fond de la mobilisation, mais uniquement par sa forme”. Puis, face à l’indignation, d’autres étudiants semblaient vouloir rattraper leurs collègues, affirmant être effectivement “contre la sélection” mais “contre le blocage”. Face à eux, des étudiants, professeurs et membres du personnel de l’université de Nanterre ont exprimé leur « colère » contre le plan étudiant et les raisons du blocage, démontrant qu’il était la seule manière de rassembler en ce jour tant d’individus dans un amphithéâtre. Contre l’argument des étudiants antiblocage, ils ont exprimé la « nécessité » d’un tel mouvement contre la sélection à l’université, visant à « mettre les universités en compétition », à restreindre les budgets de l’éducation au mépris de sa démocratisation, faisant du savoir une valeur monétaire et privant de nombreux potentiels étudiants d’y accéder.

Ils dénoncent également une “désinformation” de la part des médias et de l’Etat, qui contournent les revendications en taxant le mouvement de “violent”, les participants de “groupuscules extérieurs à l’université”. À ce propos, un intervenant à l’Assemblée générale, représentant les étudiants antiblocage, a accusé de la même façon les problocage d’être extérieurs à l’université, lançant dans la salle “et ils sont où les étudiants de Nanterre ?”, ce à quoi de très nombreuses mains indignées se sont levées. Les individus rassemblés ce matin étaient bel et bien, pour la plupart, des membres de l’Université. Il y avait effectivement une poignée d’autres individus, représentants de luttes extérieures à l’Université, notamment des postiers et des cheminots. Leur présence était justifiée par l’appel des étudiants à une “convergence des luttes”, avec la volonté de faire barrage à la politique d’Emmanuel Macron, qui se matérialise par une “précarisation” pour les travailleurs et les étudiants.

Des enseignants chercheurs et maîtres de conférence en sociologie, géographie, STAPS, ont souligné l’importance de l’université dans les années de tâtonnement que sont les années de licence, et dans le fait qu’elle est aujourd’hui l’un des seuls lieux d’enseignement permettant à tous les milieux sociaux et profils de pouvoir accéder à l’enseignement supérieur.

Le mouvement de l’université a pris de l’ampleur depuis l’intervention des CRS lundi dernier, autorisée par le président de l’université Jean-François Balaudé, lors d’une assemblée générale pacifique dans un amphithéâtre. Les étudiants et professeurs dénoncent la “gravité” et la “violence” d’une telle intervention, et demandent la démission du président de l’université.

L’assemblée générale a finalement voté la reconduction du blocage, avec 1272 voix “pour”, 336 voix “contre”, et 40 voix d’abstention.

Visuel : ©Lili Nyssen