L’Adieu à Milos Forman : La République Tchèque perd un guide et le monde un grand artiste 

14 avril 2018 Par
La Rédaction
| 0 commentaires

A l’âge de 86 ans, le cinéaste tchèque s’est éteint ce vendredi 13 avril, entouré de ses proches. Il laisse derrière lui une carrière importante pour le cinéma ainsi qu’un modèle d’inspiration pour les futurs cinéastes. 

Par Clara Bismuth

Milos Forman voit le jour  en Tchécoslovaquie en 1932, dès lors c’est une vie mouvementée que se prépare à affronter le futur cinéaste. Il perd ses parents déportés à Auschwitz, est élevé par ses frères et devient étudiant de la FAMU, l’école d’audiovisuel de Prague dans les années 1950.

Une époque propice pour les artistes s’en suit, générée par la disparition de Staline en 1953. Un assouplissement du régime communiste et une ouverture à une plus grande liberté d’expression se fait ressentir. Milos Forman se lance alors dans la réalisation de courts métrages comme pour d’autres artistes émergents tel Elmar Klos (Laterna magika II, 1958 ) ou encore Jiri Weiss (Vici jama, 1957). Une ambiance de nouvelle vague tchèque fait son apparition conduisant l’artiste à sa première grande réalisation Les Amours d’une blonde (1965), un film en noir et blanc preuve d’un sens esthétique chez Forman. Le film est un union de tendresse et d’ironie sévère qui décroche un grand succès à l’international et attire l’attention du producteur italien Carlo Ponti. Celui-ci propose à Forman de financer son prochain film et ce dernier se lance sans attendre sur le projet de Au Feu les Pompiers. Cependant, une fois en salle il fait face à une lourde censure par son pays. Les diverses tensions et le Printemps de Prague viennent à peser sur l’artiste qui décide en 1968 de quitter la Tchécoslovaquie pour tenter sa chance aux Etats-Unis.

A partir des années 1970, Forman travaille sans cesse pour se faire une place aux cotés des cinéastes américains et enchaîne en 1971 avec Taking Off qui dépeint l’Amérique en transition  sociale (lire notre critique), puis, le film qui le révélera en 1975 : Vol au dessus d’un nid de coucou. Une comédie dramatique au sein d’un hôpital psychiatrique qui raffle les 5 oscars donc ceux de Meilleur Film, Meilleur acteur et Meilleur réalisateur. Milos Forman frappe fort d’entrée de jeu. Il choisit au delà d’un sujet qui renverse les codes sociaux, l’une des figures de proue du Nouvel Hollywood comme acteur principal : Jack Nicholson, pour se rebeller contre une infirmière autoritaire dans une institution psychiatrique. Le film est un chef d’oeuvre et le cinéaste acquiert une notoriété suffisante pour continuer ses creations.

S’enchaînent alors une comédie musicale (Hair 1979), des films en costumes avec le cultissime Amadeus(1985) et le sulfureux Valmont (1989), des films d’époques provocateurs avec Ragtime (1981) et Man on the moon (1999) ainsi qu’un film inspiré de la vie du personnage scandaleux à la tête du magazine Hustler, Larry Flynt. 

Milos Forman touche donc à tout, il sait amener des sujets polémiques avec un humour grinçant, critiquer sans être moralisateur et communiquer avec ses comédiens. Avec près de 15 longs métrages, il restera un artiste provocateur important, au talent incontestable de traiter l’injustice par un réalisme à l’écran qui lui est propre.

visuel : Forman en 1966 , INA