Journée de la femme: les règles dans la mode

8 mars 2016 Par Araso | 0 commentaires

A l’occasion de la journée de la femme, Toute La Culture a ouvert un dossier sur les règles. L’occasion de passer au crible la façon dont le sujet est abordé dans la mode, milieu aux nombreux tabous s’il en est encore. En tapotant une recherche « règles + mode » dans n’importe quel moteur du web on aboutit assez directement sur un recensement fou des innombrables diktats de la fashion sphere, de « dress code – 3 règles d’or infaillibles pour avoir du style » à la liste exhaustive des fashion faux-pas. Mais quand Toute La Culture parle de règles, c’est du corps de la femme qu’il s’agit. Zoom sur une iconographie de la douleur. 

Le sang qui pétrifie

De son vivant, Alexander McQueen a toujours joué avec une image de femme souveraine qui impressionne, effraie autant qu’elle fascine. La femme McQueen fait peur, glace le sang de ceux qui la regardent lorsqu’elle entre dans la pièce en Médusa caravagesque. Le sang est d’ailleurs très présent chez le couturier: violée comme l’Ecosse par l’Angleterre, la femme de « Highland rape » Automne-Hiver 1995 porte le tartan éventré, le pantalon souillé à l’entrejambe et le pubis exposé. Le sang est revendiqué autant qu’il est revendicateur, tout comme pour son défilé de 1998, « Joan » où c’est une Jeanne d’Arc couverte de lambeaux sanguinolants qui ouvre le bal. Le sang féminin est celui de la vengeance. Celle qui saigne hantera son bourreau pour l’éternité. McQueen est allé jusqu’à ériger la vulve en couvre-chef menaçant dans sa rétrospective de 2009, « Horn of Penty », McQueen vu par McQueen. Cet orifice béant bordé de longs poils rouge sang y côtoie des bouches grotesques et baveuses en hommage aux bouches énormes de Leigh Bowery. Tremblez, messieurs.

Le sang pétrifié

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Chez Rei Kawakubo, le sang coule en blanc, d’un blanc univoque, féminin, sacrificiel. C’est la couleur que la créatrice de Comme des Garçons choisit pour son défilé de 2012 intitulé « White Drama« , le drame en blanc, qui retrace chacune des étapes de la vie: la naissance, le mariage, la mort, la transcendance. Ses mannequins enfermés dans des lits de pétales funèbres, affublées de robes de mariée à noeud de contrainte, entravées dans chacun de leurs mouvements défilent comme elles vont à la mort. Son blanc est un blanc stérile, un blanc de deuil: la femme enfermée ne saigne plus, c’est une Reine Morte. Personnage pétrifié, elle habite chez Montherlant.

En 1997, la créatrice fait toutefois appel au rouge en faisant défiler une créature chimérique en robe rouge sang dont le buste est flanqué d’une forme phallique géante. 

 

Le sang érotisé

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Un couturier a réussi la prouesse d’ériger ce sang, cette fécondité arborée en porte-drapeau non seulement en argument marketing mais en signature: pudiquement baptisée « rouge coqueliquot », le « poppy red » est la signature de Valentino.

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La femme Valentino se déplace en harem autour du couturier, elle est d’ailleurs régulièrement remplacée par des mannequins synthétiques, c’est dire la place qui est accordée à son intellect. Cette féminité criarde, portée en bandoulière comme la promesse d’une soumission résolue s’arbore de préférence assise les jambes écartées, sur un fauteuil de style empire (campagne 2009).

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Et pour que la séduction s’accomplisse, la femme Valentino n’hésitera pas à se jeter aux pieds de l’homme qu’elle convoite quitte à se faire piétiner. Dans une campagne récente de la marque, une créature en rouge est allongée sur la chaussée pour servir de tapis à l’homme qui descend de voiture. Etre soumise c’est tellement couture. En contrepied, la campagne 2015 de la marque figurait des silhouettes virginales aux robes maculées de veines qui descendaient en arborescence du pubis aux pieds. Entre la maman et la putain, la femme Valentino n’a pas fini de verser son sang.

On en vient à regretter la grande Elsa Schiaparelli et son homard psychédélique, érigé en porte-étendard de la liberté des moeurs par Wallis Simpson, l’épouse controversée d’Edouard VIII. Jugé indécemment érotique par une planète mode puritaine, d’un rouge sang et placé entre les jambes sur une jupe blanche immaculé, il fut néanmoins adopté par l’irrévérente américaine, celle dont personne ne voulait. Plusieurs décennies après, la papesse de la mode Anna Wintour s’empare du symbole pour le dénaturer: il est cette fois chastement déplacé sur le côté, de couleur or et surmonté d’une fourrure. N’est pas progressiste qui veut.

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Visuels © DR

 


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