Jacques Rivette : l’un des réalisateurs phare de la Nouvelle Vague nous a quittés

29 janvier 2016 Par Anaïs Marinier | 0 commentaires

Le réalisateur et critique français, Jacques Rivette, est mort ce vendredi à l’âge de 87 ans. A l’instar de ses compères de la Nouvelle Vague, Jacques est tout d’abord critique de cinéma. Frère d’arme des plus grands cinéastes français tels que François Truffaut, Eric Rohmer, Claude Chabrol et Jean-Luc Godard, il est considéré comme une figure emblématique du cinéma français pour lequel il réalise près de 30 films à son actif en un demi siècle (1949-2009).

Jacques Rivette est né le 1er mars 1928, à Rouen. Il sort de l’adolescence quand l’Europe sort de la guerre, il se forgea ainsi sur la perte de l’innocence suites aux horreurs de la guerre comme en témoigne ses oeuvres et notamment son texte le plus célèbre De l’objection (publié en 1961 dans Les Cahiers du Cinéma). Revue pour laquelle il a été nommé rédacteur en chef dès 1963. Avant cela, il avait fondé la Gazette du Cinéma avec Eric Rohmer, en 1950, un an après son arrivée à Paris. Mais au contraire de ses compères et amis de la Nouvelle Vague, Rivette avait déjà réalisé un court-métrage : Aux Quatre Coins, à Rouen, en 1949. Puis, il avait été sous la houlette de Jean Renoir, entre 1950 et 1954, pendant que Rohmer et Truffaut se lançaient entre temps. Il finira lui-même par se lancer dans cette course folle qu’est le cinéma avec son premier long-métrage Le Coup du Berger, en 1956. 

Spécialiste des films fleuves, du très expérimental Out 1 au classicisme de La Belle Noiseuse, il improvise une variation avec L’Histoire des Treize de Balzac en huit épisodes; au plus polémique Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot, sans parler du psychédélisme de Céline et Julie vont en bâteau. Son oeuvre est surtout connue pour son renouvellement incessant des plus extravagants. Il est également reconnu pour sa fidélité à ses actrices fétiches – Bulle Ogier, Juliet Berto, Jane Birkin, Géraldine Chaplin, Sandrine Bonnaire, Emmanuelle Béart, Jeanne Balibar… – ainsi qu’à ses scénaristes – Jean Gruault, Suzanne Schiffman, Pascal Bonitzer, Christine Laurent… De manière plus cachée, cette fidélité repose sur une éthique de la mise en scène. En observant ses acteurs plus qu’en les dirigeant, en suivant les scènes sans les perdre de vue et du coup sans les couper, en évitant les gros plans – en refusant, de morceler l’espace, le temps, les corps – Jacques Rivette sauvegardait le mystère de son monde, et des êtres qu’il filmait. Ce qui a pour conséquences des films longs, parfois très longs, des intrigues cycliques, qu’il aimait à truffer de messages codés, de manipulations en tout genre, parfois à double détente, de conspirations, souvent sans objet, mais qui pouvaient « susciter une réalité »… Cette interprétation du vrai et du faux se traduit par ailleurs dans son rapport au théâtre, qui occupe une place très importante dans son cinéma.

Le monde est un théâtre que Jacques Rivette a filmé. Gardons en mémoire ces regards qui s’échangent, ces liens qui se nouent puis se lâchent dans notamment Ne touchez pas à la hache.

Et pour finir nous conclurons par ces quelques mots, laissés par Fleur Pellerin, la ministre de la culture, pour lui rendre hommage : C’est un immense cinéaste, le plus secret sans doute de la « bande des quatre » de la Nouvelle Vague, qui vient de nous quitter.

On ne manquera pas de regarder à nouveau ses films, qui feront à jamais date dans l’histoire du cinéma français.

Visuel : ©


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