Hande Kader retrouvée morte, la communauté LGBT turque en colère

24 août 2016 Par Fiona Dubois | 0 commentaires

Hande Kader était une prostituée transsexuelle turque de 22 ans, et une icône de la communauté LGBT en Turquie depuis la Gay Pride 2015. Elle a été retrouvée morte le 8 août dernier. La communauté LGBT turque est descendue dans la rue et dénonce un crime transphobe. 

Son corps a été retrouvé intégralement brûlé et mutilé sur le bord d’une route après avoir été vu pour la dernière fois monter dans la voiture d’un client. Hande Kader allait toujours aux manifestations qui dénoncent la stigmatisation des homosexuels et des transsexuels en Turquie. En 2015, alors qu’Erdogan avait interdit la Gay pride quelques heures avant la manifestation pour cause de Ramadan alors qu’elle était prévue depuis des mois, elle faisait partie des protestataires qui ont tout de même tenter de marcher fièrement et de faire face aux autorités turques particulièrement violentes. Elle avait dès lors été érigée en modèle de l’activisme LGBT en Turquie.

Des centaines de manifestants se sont emparés de ce meurtre pour dénoncer la stigmatisation de la communauté LGBT en Turquie et les violences auxquelles elle est soumise. Car si l’homosexualité et la transsexualité ne sont pas considérées comme des crimes par le droit turc, les personnes homosexuelles ou transsexuelles subissent des agressions fréquentes. En outre, on assiste à une série de meurtres haineux qui sont très peu médiatisés. On pense au meurtre de Muhamed Wisam Sankari, retrouvé dans les rues d’Istanbul le 6 août, décapité et horriblement mutilé car homosexuel. Cinq mois plus tôt, il avait déjà été kidnappé, battu et violé. Ou à Ahmet Yildiz, meurtre commandité par son père qui ne supportait pas son homosexualité en 2008. Trois exemples parmi d’autres. Rien que l’année dernière, l’organisation LGBT Kaos GL a comptabilisé cinq meurtres et trente-deux attaques. Impunis par la lois.

Outre les violences et les meurtres perpétrés à l’égard des personnes transsexuelles, les choix de vie de celles-ci se réduisent pour beaucoup à être travailleurs du sexe – comme l’était Hande Kader – ou sans-abris, étant souvent dans l’incapacité de trouver un travail. Par conséquent, la rue expose à une violence accrue. De plus, la communauté LGBT s’affronte à une mentalité encore très patriarcale de la société turcque soucieuse de conserver des valeurs familiales traditionnelles. En 2010, le ministre chargé des Femmes et de la Famille déclare ainsi que « l’homosexualité est une erreur biologique et devrait être traitée ». De même, une chaîne de télévision fut poursuivie pour avoir diffusé une scène tirée de Sex and the City 2, qui représentait un mariage entre deux hommes et qui portait par conséquent atteinte, selon le Conseil supérieur de la radio et de la télévision, aux « valeurs nationales et spirituelles ».

Les autorités turques ont d’ailleurs annoncé en juin qu’elles interdisaient la Gay Pride d’Istanbul 2016 afin de maintenir « la sécurité et l’ordre public ». C’est la toute première fois depuis 2003 que celle-ci est empêchée officiellement d’avoir lieu. La Marche des fiertés d’Istanbul est pourtant l’une des plus grandes organisées dans un pays musulman du Proche-Orient, et elle réunit chaque année des milliers de marcheurs. Mais cette ouverture apparente de la Turquie et sa libéralisation ancienne sur ces sujets de société n’est que toute relative, d’autant qu’elle est remise en cause par un durcissement du régime d’Erdogan après le coup d’Etat manqué de juillet.

Le crime d’Hande Kader sera donc le crime haineux qui vient s’ajouter à une série de violences sans nom perpétrées à l’égard d’une communauté LGBT turque stigmatisée et contrainte à travailler et vivre de la rue et dans la rue. 

Visuel : © Creative Commons


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