Serge Dassault : Qui était-il ?

29 mai 2018 Par
Agnes Polloni
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L’homme d’affaires, magnat de la presse et homme politique s’est éteint Lundi 28 Mai, à l’âge de quatre-vingt treize ans. Il fut un homme à la fois brillant et controversé, tout au long de sa vie. 

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Par communiqué, le Ministère des Armée a déclaré : « La France perd aujourd’hui un grand capitaine d’industrie. Pendant plus d’un demi-siècle, Serge Dassault a œuvré au service du succès de l’aéronautique française et a permis à nos armées de bénéficier des meilleurs aéronefs. Dassault Aviation a ainsi conçu quelques-uns des avions et des équipements aéronautiques les plus innovants et les plus performants, qui démontrent chaque jour leur efficacité opérationnelle et contribuent à l’excellence de nos forces. Florence Parly, ministre des Armées, adresse ses pensées et ses condoléances à la famille de Serge Dassault ainsi qu’à ses proches. »

Il s’est éteint à l’âge de quatre-vingt treize ans d’une défaillance cardiaque, a indiqué sa famille. Né en 1925 à Paris, Serge Dassault était juif à l’origine son nom de famille était Bloch. Son père fut déporté à Buchenwald et parvint à s’échapper du camps de travail. Une figure paternelle courageuse, qui avait alors créée vingt-ans plus tôt la société Marcel Ploch, pour laquelle il refusa d’apporter son support aéronautique aux nazis. Après des études dans les prestigieuses écoles HEC et l’ENS, Serge Dassault épaule son père dans la société, en étant notamment au poste de directeur des essais en vol, puis au développement industriel. Sous la direction de Marcel Dassault, les avions Mirages ne sont jamais aussi bien vendus et surtout représentent une énorme force de frappe aérienne qui se vend à l’international.

Le groupe Dassault est puissant, et Serge finit par en hériter en 1987, dans la foulée il venait de lancer sa carrière politique. Conseiller régional, puis municipal de  la ville de Corbeil-Essonnes, Serge Dassault est infatigable et surtout très ambitieux, parfois de manière tronquée. L’argent et le pouvoir semblent être deux passe-temps que le richissime milliardaire n’hésite pas à dépenser en échange de votes au poste de la municipalité de la ville de Corbeil-Essonnes qu’il présida durant treize années. Une omerta est également reprochée à l’homme d’affaire, qui subirait presque par désenchantement les méfaits de sa politique peu scrupuleuse. Il ne se contente jamais du minimum, se cumulent à  son mandat municipal, un mandat parlementaire, et il devient le doyen du sénat à 83 ans, pour cet homme allégorie du mythe d’Icare. À trop s’approcher du soleil, on finit par se brûler les ailes. Dassault est finalement démasqué, notamment dans l’achat des votes municipaux, en 2014 il est condamné pour trois chefs d’inculpations :  « achats de votes », « complicité de financement illicite de campagne électorale » et « financement de campagne électorale en dépassement du plafond autorisé. » La justice n’épargne pas le personnage controversé, et en 2017 Serge Dassault est condamné à deux millions d’euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité.

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En parallèle, Serge Dassault flirte avec les médias, en  rachetant notamment les groupe Socpress qui regroupe : L’Express, Le Figaro ou encore l’Étudiant. Le Figaro était alors dans une position économique très bancale, son rachat lui permit de se maintenir bien que ce mariage fut pour le meilleur et pour le pire. Très libéral et peu enclin à l’immigration, Serge Dassault n’hésite pas à intervenir de son propre chef dans les colonnes du journal, se frictionnant volontiers avec certaines figures politiques de gauche, notamment certains communistes. Pierre Gattaz l’actuel président du Medef s’émerveille de la direction du Figaro par Serge Dassault un acte qu’il qualifie de « merveilleux » : « Il a fait de son groupe, un groupe incroyable, diversifié, qui à l’export incarne l’excellence française. »

Merveilleux n’est pas vraiment l’adjectif qu’utilisèrent certains détracteurs du quotidien, qui refusèrent que ce dernier l’exploite pour y contenir son opinion. La réplique de Serge Dassault est cinglante sur le plateau de BFM TV, c’était en 2007 et pourtant cette phrase reste ancrée dans la mémoire de tous : « Pourquoi la liberté de parole serait aux journalistes et pas aux actionnaires ? C’est quand même extraordinaire ça ! » À l’annonce de sa mort, les deux Une du Figaro et de Libération font d’ailleurs jaser l’assemblée : Le Figaro est à mi-chemin entre récit biographique élogieux, Libération rappelle les déboires judiciaires du milliardaire qu’il essuya ces dernières années. Voir ci-dessous :