Disparition de Pierre Henry, l’un des pères de la « musique concrète ».

6 juillet 2017 Par
Gaspard de Florival
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Le compositeur français de musique electroacoustique est mort jeudi 6 juillet 2017,  à l’âge 89 ans. 

pierre_henry

Il aurait eu 90 ans en décembre. Pierre Henry, l’infatigable trifouilleur de sons et de bruits étranges est décédé ce jeudi. Pionniers de la musique expérimentale, il était un repère pour de nombreux artistes. Avec Pierre Schaeffer, il fut le premier à explorer d’autres horizons musicaux, à considérer que l’harmonie pouvait exister ailleurs que dans les notes, qu’elle pouvait aussi se loger dans les éléments du monde comme le bruit de la pluie et du vent. C’est ainsi qu’il le formule dans Journal de mes sons.  « Les compositeurs travaillent avec des sons à tout faire, l’équivalent des notes de musique. Moi, je n’ai pas de notes. Je n’ai jamais aimé les notes. Il me faut des qualités, des rapports, des formes, des actions, des personnages, des matières, des unités, des mouvements. »

Pierre Henry suit pourtant dès l’âge de dix ans une formation classique au Conservatoire de Paris. C’est sa rencontre avec Pierre Schaeffer en 1946 qui s’apparente à un tournant et le pousse à rejoindre les studios de la RTF (radiodiffusion-télévision française). Ensuite tout s’enchaine. De cette amitié nait « Symphonie pour un homme seul », oeuvre fondatrice de la musique concrète. Il est ensuite nommé, au sein de la RTF, à la tête du GRMC créé en 1951 (Groupe de recherche sur les musiques concrètes) qui deviendra plus tard le GRM (groupes de recherches musicales). En 1953, est présenté Orphée Festival de Donaueschingen, le premier opéra concret composé par Henry et Schaeffer. Après plusieurs désaccord, le musicien quitte la RTF et fonde l’APSOME (Applications de Procédés Sonores en Musique Electroacoustique), le premier studio indépendant consacré aux musiques electroacoustiques. En 1982, il crée un second studio de recherche musicale, le studio Son/Ré. 

C’est avec le titre « Psyché Rock » de la suite de danse « Messe pour le temps présent » (1967) réalisé en collaboration avec le chorégraphe Maurice Béjart que Pierre Henry devient connu du grand public. Comme son nom l’indique, le morceau « Psyché rock » est construit sur une partie instrumentale rock, le rendant davantage accessible que le reste de son oeuvre. Une oeuvre avant tout expérimentale fondée sur la distorsion et la combinaison de plusieurs sons, chacun d’eux considérés, non pas comme des notes, mais comme des entités propres. Et toujours cet objectif de recherche permanente d’originalité.

Toujours en marge, Pierre Henry allait toujours défricher des sentiers inconnus que ce soit en collaborant avec le groupe de Heavy rock Spooky Tooth en 1969 ou en accrochant, en 2013, au Musée d’Art moderne 53 tableaux de son crue comme un regard, en somme, sur son oeuvre de 1989 à 2012.« Je pense qu’en musique le temps existe autrement. La musique suit son propre cours, elle est comme une toupie » nous disait-il à l’époque.

Oui, c’est un homme atypique qui nous quitte. Une perte importante pour ceux qui se sont nourris de ses créations. Sur France Info, Jean Michel Jarre revient sur la caractère précurseur de Pierre Henry. « Pierre Henry est celui qui a voué toute sa vie à l’expérimentation et à la poésie. C’était un poète et, à la fois, un explorateur du son. C’est quelqu’un qui a toujours essayé d’établir des ponts avec d’autres formes d’expression. C’est en ce sens qu’il a une modernité indiscutable ». 

Radio France avait prévu de célébrer les 90 ans de Pierre Henry en décembre prochain. Ce rendez-vous prendra la forme d’un hommage. 3 oeuvres du compositeur seront créées à cette occasion en collaboration avec le studio Son/Ré. Ce soir, le concert donné par l’Orchestre national de France à l’Auditorium de Radio France lui sera dédié.