Décès de l’écrivain Harper Lee

24 février 2016 Par Coline Renault | 2 commentaires

Un roman aura suffit pour l’inscrire dans l’histoire de la littérature américaine : Harper Lee, à qui on doit Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur, prix Pulitzer 1961, s’est éteinte le vendredi 19 février.

C’est à Monroeville, dans la moiteur de son Alabama natal, que Harper Lee est décédée à l’aube de ses 90 ans. Une petite ville du sud qui n’est pas sans rappeler Maycomb, théâtre fictif de l’intrigue de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur: brûlée par le soleil et le racisme «où les jours ont vingt-quatre heures mais semblent tellement plus longs ». Nous sommes en 1930 en pleine Dépression, et la narratrice tout juste âgée de six ans, Jean-Louise – plus connue sous le nom de Scout- assiste au long combat de son père, l’honorable et magnanime avocat Atticus Finch pour défendre Tom Robinson, homme noir injustement accusé de viol.

Paru en 1960, To Kill a Mockingbird -renommé Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur par les éditions de Fallois en 2005- décroche un an plus tard le prix Pulitzer, se vend à quelques 30 millions d’exemplaires en anglais et est traduit en plus de 40 langues. Aujourd’hui, c’est un pilier de la littérature américaine: dans près de trois quart des établissements scolaires aux Etats-Unis, collégiens et lycéens l’étudient. Bible civique par excellence, la force du roman réside aussi dans le regard juvénile de Scout, apportant au roman d’apprentissage moral une dimension poétique, nourrie par l’esquisse d’une enfance sous les saules et le mimosa.

«Jusqu’au jour où je craignis que cela me fut enlevé, je ne m’étais jamais rendu compte que j’aimais lire. Pense-t-on que l’on aime respirer ? »

Derrière l’écriture limpide des mots de Scout on imagine aisément Harper Lee enfant: à Monroeville, elle se lie d’amitié avec l’écrivain Truman Capote. Cette amitié, à l’âge adulte, les mènera vers les sommets de la littérature, de New-York au Kansas où elle collabore à l’écriture de l’oeuvre phare de celui-ci, De Sang Froid ( 1966). Pourtant, si elle s’affiche, en 2007, aux côtés de George Bush qui, distinction ultime, récompense son oeuvre littéraire par une  « Presidential Medal of Freedom » voilà près d’un demi-siècle qu’Harper Lee n’a rien écrit. Pétrifiée par le succès. Dépassée par un livre magnifique difficile à égaler.

Il faut attendre juillet 2015 pour qu’un deuxième et dernier titre soit publié : Va et poste une sentinelle sort à l’automne 2015 aux éditions Grasset. Son avocate Tonjia Carter aurait retrouvé le manuscrit, qui en fait est un premier jet de ce qui deviendra plus tard To shot a Mocking bird: Scout a désormais 26 ans, et Atticus nous offre un visage bien plus antipathique. Les critiques fusent, l’incompréhension des lecteurs aussi, déboussolés par cette «  suite » dont est tiré le premier texte. Un premier roman, plus hésitant et moins bien ficelé que son « parent », qui fait couler plus d’encre qu’Harper Lee elle même n’en a jamais utilisée. Un premier et dernier roman qui lui a permis durant les ultimes mois de sa vie, de ravir les fans et d’occuper les rayons des librairies, avant de se retirer là où tout avait commencé, en Alabama.
Là où se pose, pour toujours, le si joli regard de Scout sur les choses.

©GwydionM. Williams


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