Décès de Bénédicte Pesle

18 janvier 2018 Par
Ines Guillemot
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Bénédicte Pesle nous a quittés hier à l’âge de 91 ans. Surtout connue pour avoir diffusé en Europe l’oeuvre du chorégraphe Cunningham, elle a pendant longtemps contribué à faire connaître les avant-gardes américains en France.

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Peu de gens ont réellement entendu parler d’elle. Certains l’ont aperçue, côtoyée, dans les musées, les galeries ou au détour des représentations. Discrète, Bénédicte Pesle était pourtant la pièce maîtresse d’un puzzle unissant les avant-gardes étasuniens à la scène culturelle française.

Après des études de philosophie, Bénédicte Pesle est embauchée dans la mythique librairie-galerie de La Hune, où elle côtoie un certain nombre d’artistes et d’intellectuels. Elle obtient une bourse pour partir à Boston au début des années 1950 : c’est alors que commence son combat pour la diffusion de l’art visuel américain en France. Elle y rencontre Marce Cunningham et John Cage, et développe une véritable passion pour leur oeuvre. Elle qui ne s’intéressait guère à la danse est finalement séduite : en assistant aux répétitions, elle découvre la pureté des chorégraphies une fois ôtées des artifices de la représentation — décors, musiques, costumes. Dès son retour en France, elle milite pour faire venir la compagnie.

À la tête de la galerie Iolas pendant plusieurs années, elle côtoie également peintres et sculpteurs. Parmi eux Max Ernst, Magritte, Brauner, Matta, Jean Tinguely, Nikki de Saint-Phalle, ou encore Martial Raysse. C’est à partir du cercle d’amis et de mécènes amateurs d’art qu’elle se constitue pendant ces années que Bénédicte Pesle se met au service des artistes américains. Elle contribue au succès de la compagnie Cunningham en Europe, représentée pour la première fois en 1964 au théâtre de l’Est.

La voie de l’Europe est alors ouverte pour les avant-gardes américains : à travers le bureau Art Service International qu’elle crée en 1972, Bénédicte Pesle fait connaître un certain nombre de metteurs en scène, chorégraphes et musiciens américains. Parmi eux : Robert Wilson bien entendu, mais aussi Richard Foreman, Philip Glass, Trisha Brown, Yvonne Rainer, Meredith Monk, Lucinda Childs, Stuart Sherman, Robert Ashley, Douglas Dunn, Viola Farber… Refusant d’être baptisée agent, impresario ou productrice, Bénédicte Pesle qualifie le bureau de « secrétariat d’artistes », une entreprise prometteuse pour le domaine de l’art.

Avant tout humaniste, Bénédicte Pesle participe à la démocratisation culturelle. En 1972, elle est l’éminence grise du festival d’automne à Paris, aux côtés de Michel Guy. Par la suite, elle contribue à la mise en oeuvre de plusieurs politiques culturelles liées à la danse : diffusion décentralisée, résidences de création ou encore fondation du Centre National de Danse Contemporaine d’Angers.

On peut le dire, celle qu’on surnommait la « dame au chignon » a marqué son époque d’une façon subtile et inaltérable. En 2013, elle était récompensée pour sa passion, son dévouement et sa foi dans la culture : elle fut nommée commandeur de l’ordre des Arts et des lettres, en tant qu’« agent artistique ».

Visuel: CC © Onda

Source: Denise Luccioni