Décès du cinéaste Vittorio Taviani

16 avril 2018 Par
Claudia Lebon
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Disparu dimanche à Rome à l’âge de 88 ans, le réalisateur italien Vittorio Taviani, toujours associé à son frère Paolo, aura marqué  l’histoire du cinéma et de son pays avec une œuvre engagée illustrant les réalités de l’Italie d’hier et d’aujourd’hui.

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Le ministre italien de la Culture Dario Franceschini mesure cet apport pour le pays : « C’est un jour triste pour la culture, un des plus grands maîtres de notre cinéma s’en va » a-t-il déclaré dans un communiqué. Inséparable de son frère Paolo Taviani, qui co-signe avec lui toutes les réalisations, le duo fraternel de créateurs est à l’origine d’une vingtaine de films, devenant une référence majeure dans l’univers cinématographique italien. « Tant que nous pourrons mystérieusement respirer au même rythme, nous ferons des films ensemble » affirmaient-ils en 1977, comparant leur relation fusionnelle au café au lait : « impossible de dire où finit le café et où commence le lait ! ».

Ces deux fils d’un avocat antifasciste se lancent dans le cinéma après avoir vu  Paisa  de Roberto Rosselini, dont le style néo-réaliste inspirera leurs futures créations. Ils commencent par investir le format documentaire avec sept réalisations. La première, Sani Miniato, luglio ’44, raconte la tragédie du massacre des habitants de leur village natal par les nazis. Elle subira la censure en 1955.

Cette thématique sociale accompagnera toute leur création, se retrouvant également dans leurs fictions. En 1962, Un homme à brûler  montre la lutte d’un syndicaliste paysan – incarné par Umberto Orsini – contre la mafia sicilienne.

C’est avec Allonsanfan que les deux frères obtiennent leur premier grand succès international. Réalisé en 1974, le film évoque l’échec des mouvements révolutionnaires de l’Italie post-napoléonienne.

Les frères Taviani puisent également à la source de la littérature qui colore un grand nombre de leurs réalisations. L’un de ces chefs-d’œuvres est Padre Padrone, tiré du roman éponyme de Gavino Ledda. Il obtient la Palme d’or du festival de Cannes en 1977. Les nouvelles de l’écrivain sicilien Luigi Pirandello donnent lieu à une réflexion sur la dureté de la vie dans une Sicile désolée où est passée le chaos. Kaos, sorti en 1984 dénonce la mafia et le fascisme.

En 2012, les deux cinéastes italiens s’intéressent à l’enfermement carcéral. Leur film César doit mourir, qui reçoit l’Ours d’or à Berlin, raconte l’histoire d’un groupe de détenus qui se libèrent grâce à l’art tout en prenant conscience de leur statut de reclus.

« Le cinéma est ma vie parce que sinon je serais seulement un fantôme et tous les rapports avec les autres se dissoudraient dans le brouillard », disait Vittorio Taviani. Si le cinéma lui donnait vie, son œuvre demeure comme trace immortelle de son engagement artistique au service des problèmes sociaux et politiques de son temps.

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