Concert d’Ariana Grande à Paris: « Vivre normalement est devenu un acte militant »

8 juin 2017 Par
Donia Ismail
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Malgré les événements tragiques du 22 mai à Manchester, la chanteuse américaine Ariana Grande a décidé de reprendre sa tournée mondiale Dangerous Woman: Paris fut son premier arrêt.
Toute La Culture y était pour vous faire (re)vivre une soirée entre émotion, peur et joie.

Mardi les dernières minutes du concert de Bruno Mars avait retenti à l’AccorHotel Arena, et pourtant des jeunes filles, alors que la nuit était encore sombre, venaient tout juste de déposer leurs tentes devant les entrées de l’Arena: « On a passé la nuit devant la salle. On attend ce soir depuis tellement longtemps, il était inconcevable d’être mal placé » avait lancé une de ces filles.

Mercredi 7 juin la chanteuse américaine de 24 ans, Ariana Grande, revenait en concert pour la deuxième fois à Paris. Après le succès fulgurant du Honeymoon Tour -sa première tournée mondiale-, c’est avec le Dangerous Woman Tour qu’elle s’est produite sur la scène de l’AccorHotel Arena. Mais cette fois-ci, l’atmosphère était complètement différente. Et pour cause, il y a deux semaines -déjà- un kamikaze s’était fait exploser à la sortie du concert de la jeune femme, causant la mort de 22 personnes, majoritairement des adolescents. Ce soir-là, c’était la jeunesse qui fut touchée.
Malgré le fantôme de l’attentat du 22 mai qui pèse, ils étaient nombreux présents dès 8 heures du matin. Laetitia, 16 ans, n’a pas hésité une seconde: « Ne pas venir? Et puis quoi encore? On doit continuer à vivre coûte que coûte. Et s’il doit se passer quelque chose, il se passera quelque chose. On ne peut pas échapper à son destin. Mais abandonner notre style de vie? Hors de question. Vivre normalement est devenu un acte militant ». Entre deux révisions du BAC de Français, cette lycéenne en première littéraire nous raconte l’« atroce » nuit du 22 mai: « J’ai appris qu’il se passait quelque chose sur twitter. J’étais détruite. J’ai pleuré toute la journée ». Sa meilleure amie, Marie, 17 ans, ajoute « On est une réelle communauté. Même si je ne connaissais pas personnellement les victimes, nous avons toute un point commun: Ariana. On a tous été touché». Juliette, 20 ans, connaissait l’une des victimes. « J’ai beaucoup hésité à venir. J’ai pris ma décision à la dernière minute à vrai dire. Et là encore, en faisant la queue, j’ai la boule au ventre».

Un dispositif de sécurité inédit

Ce qui interpelle d’emblée, c’est la sécurité mis en place. Jamais aucun concert n’avait été autant protégé: « Il existe des dispositifs pour tous les concerts, mais il est vrai qu’aujourd’hui il a été considérablement élevé.» a déclaré la préfecture de police. De nombreuses précautions ont été mis en place: le stationnement sur les rues aux alentours à été formellement interdit et ce depuis 7 heures du matin. Les routes, elles, ont été complètement bouclé dès 16 heures. De nombreuses fans ont été refusé d’accès car ils avaient des sacs à dos. Plus que le simple palpage et vérifications des sacs -qui sont désignés par les spectateurs comme trop limité- , ont été ajouté de réelles zones tampons, policiers en civils et en uniformes en patrouille. « Pour avoir fait de nombreux concerts, c’est vraiment la première fois que je vois un tel dispositif et c’est plutôt rassurant. » admet Juliette.

À 18h30, les portes se sont ouvertes, laissant entrer plus de 20 000 fans – prénommés Arianators- dans l’enceinte de la salle. Les inquiétudes des uns ne sont pas prêts de disparaitre: « Je me dis qu’à l’intérieur on est plus en sécurité, mais la minute d’après je repense au Bataclan… » dit Clémence 20 ans.

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Les premières notes de Be Alright, vibrant hommage à l’icône Madonna avec la célèbre danse du « Vogue », effacent toutes les peurs des spectateurs en un claquement de doigt. Tous oublient, pour un moment, la tragédie qui eut lieu deux semaines plutôt.
Dans ce véritable show à l’américaine, Ariana Grande semble vouloir incarner la féminité à l’extreme: poses lascive, suggestives, chansons osées, tout semble à des années lumières de l’image de chanteuse pour ado « bubblegum » dépeinte dans certains médias. Elle se pose dans Dangerous Woman -le clou du spectacle- comme femme, assumant sa part de sexualité, bien loin de ses premiers singles mielleux Baby I.

« We’re stronger together »

La chanson plus forte qu’un simple discours, voilà ce qu’elle a choisi pour rendre hommage aux victimes de l’attentat. Elle avance seule au centre de la scène, dans une mise en scène neutre, bien loin de la folie scénographie de Side To Side. Derrière elle, un rideau blanc sur lequel est projetait un symbole qui avait fait le tour du monde: un noeud noir avec des oreilles de lapin.

Les premières notes retentissent: c’est Somewhere Over the Rainbow. La salle est totalement silencieuse, comme suspendue au high notes de sa protégée. Une atmosphère de recueillement pesante se fait sentir. Elle chante intensément, semblant vouloir porter sa voix jusqu’aux cieux. Les fans pleurent, se prennent dans les mains. Une émotion rare envahie la salle. Surprenant, c’est bien le mot.
Elle avait pourtant fait en sorte de continuer son concert sans laisser ce fantôme de Manchester perturber les festivités. Pourtant One Last Time, qui est devenu en peu de temps l’hymne de la fanbase (communauté), n’a pas laissé insensible la chanteuse. Dès les premières notes, elle craque. C’est la salle qui finira la chanson. Les paroles de certaines chansons résonnent de plus belles: « I’m stronger then before » est remplacé par « We’re stronger then before » (« Nous sommes plus forts qu’avant »). Face aux larmes de la chanteuse, les fans scandent « Ari, Ari, Ari »  pour la soutenir.
Les dernières notes de Dangerous Woman retentissent: « Je vous aime énormément » lance-t-elle au public. Elle disparait. La salle se rallume, « Le plus dur reste à venir » lâche Juliette. Personne n’ose réellement sortir de la salle. L’évacuation se fait lentement, dans le plus grand des calmes.

Merci, Paris ? Je t’aime Grateful to be back ????????

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À l’extérieur, les parents attendent impatiemment leurs progénitures. « J’ai beaucoup hésité. Je ne voulais pas qu’elle vienne au début. Vous savez, j’ai vécu pendant les années de terrorisme en Algérie. Je sais ce que ça fait d’avoir peur 24h/24. On ne sortait pas, on ne faisait rien. Je ne veux pas que ça arrive à ma fille, c’est pour ça que je l’ai laissé y a aller  » admet Karima. Patrick, lui, ne semblait pas du tout effrayé: « Peur? Non pas du tout. J’avais l’intime conviction qu’il ne se passerait rien ce soir. Ces lâches attaquent au moment où on s’y attend le moins. Ce soir, tout était sécurisé ».
Aucun incident, tout s’est déroulé normalement. On oublierait presque les peurs que chacun ressentait. Ce sont les étoiles pleins les yeux que ces 20 000 spectateurs sont rentrés chez eux tranquillement.

visuel: ©cc/Flickr/Emma